La Guinée franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de souveraineté économique. Dans un discours au ton particulièrement ferme prononcé devant les principaux acteurs du secteur aurifère, le président de la République, le général Mamadi Doumbouya, a annoncé l’interdiction définitive de l’exportation de l’or brut. Désormais, tout l’or extrait du sous-sol guinéen devra être raffiné sur le territoire national avant d’être commercialisé à l’international.
Cette décision marque un tournant majeur dans la politique minière du pays. Elle s’inscrit dans une volonté affichée de capter davantage de valeur ajoutée localement et de rompre avec un modèle économique longtemps fondé sur l’exportation de matières premières peu transformées.

Face aux représentants des sociétés minières, Mamadi Doumbouya a dénoncé une situation qu’il juge incompatible avec les ambitions de développement de la Guinée. Le chef de l’État estime que le pays, pourtant riche en ressources naturelles, n’a jusqu’ici bénéficié que d’une fraction des revenus générés par son or, tandis que les opérations de raffinage, de certification et de valorisation étaient réalisées à l’étranger.
Le message présidentiel est clair : les emplois industriels, les recettes fiscales supplémentaires et les activités à forte valeur ajoutée doivent désormais être créés en Guinée et non dans les centres de raffinage internationaux.
Cette réforme repose sur un outil industriel que les autorités présentent comme stratégique : une nouvelle raffinerie d’or construite à Conakry et dont l’entrée en service est annoncée dans les prochains jours. Selon les informations communiquées par les autorités, cette infrastructure disposerait d’une capacité de traitement comprise entre 2 et 4 tonnes d’or par jour, avec des standards de traçabilité et de certification répondant aux exigences du marché international.
Le gouvernement entend ainsi faire de la Guinée un centre régional de raffinage aurifère, capable non seulement de traiter sa propre production, mais également de développer une expertise industrielle autour de la chaîne de valeur du métal précieux.
Pour les opérateurs du secteur, la mesure implique une profonde adaptation des circuits logistiques et commerciaux. L’exportation directe de l’or brut, pratique courante depuis des décennies, sera désormais proscrite. Les entreprises devront intégrer l’étape du raffinage local avant toute expédition vers les marchés internationaux.
Cette orientation n’est toutefois pas totalement inattendue. Dès 2025, le président Doumbouya avait demandé au ministère des Mines de préparer un dispositif visant à interdire les exportations d’or brut, anticipant l’achèvement de la raffinerie nationale.
Sur le plan économique, la réforme répond à une logique largement observée dans plusieurs pays producteurs de matières premières : conserver localement une part plus importante de la valeur créée. Des États africains comme le Gabon ont déjà adopté des mesures similaires pour certaines ressources stratégiques.
La réussite de cette politique dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la capacité effective de la raffinerie à absorber la production nationale, la compétitivité des coûts de transformation, la rapidité des procédures de certification ainsi que la confiance des acheteurs internationaux. Les compagnies minières observeront également avec attention le cadre réglementaire qui accompagnera l’application de cette nouvelle obligation.
Au-delà du seul secteur aurifère, cette décision illustre la doctrine économique défendue par le pouvoir guinéen : transformer davantage de ressources sur le territoire national afin d’accroître les retombées industrielles et fiscales. Après les exigences croissantes en matière de contenu local dans les grands projets miniers, l’interdiction de l’exportation de l’or brut apparaît comme l’une des mesures les plus emblématiques de cette stratégie.
Pour Conakry, l’objectif est désormais de faire de l’or non plus seulement une richesse extraite du sous-sol, mais un levier de création de valeur industrielle. Un pari ambitieux qui pourrait redéfinir durablement les équilibres du secteur minier guinéen.
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